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Messages leboncoin : la méthode issue de 10 000 conversations de vendeurs auto

Thomas Forget 8 min de lecture Mis à jour le
Messages leboncoin : la méthode issue de 10 000 conversations de vendeurs auto

Le lundi matin, avant même d’avoir ouvert le premier capot, vous ouvrez leboncoin. Quatorze messages en attente depuis vendredi soir. Une heure et demie plus tard, vous avez répondu à tout le monde. Et sur ces quatorze contacts, plusieurs ont déjà acheté ailleurs.

Pas parce que votre véhicule était moins bien présenté, ni parce que votre prix était moins bon. Parce qu’un autre vendeur a répondu samedi à 18 h.

Nous avons travaillé ce sujet avec plus de 100 vendeurs automobiles partout en France, sur une base de plus de 10 000 messages reçus. Ce que ces échanges montrent est plus simple, et plus embêtant, que ce qu’on imagine : ce n’est pas que les vendeurs répondent mal, c’est qu’ils réécrivent chaque jour, depuis des années, les mêmes réponses aux mêmes questions.

Les messages arrivent quand vous ne pouvez pas répondre

Sur les 10 000 conversations analysées, le pic de messages commence vers 11 h et ne retombe qu’après 23 h. Samedi et dimanche compris. Le seul creux, c’est la nuit.

Autrement dit, l’acheteur écrit quand vous êtes en rendez-vous, en essai, à table ou chez vous. Rarement quand vous êtes assis devant votre messagerie.

Le coût se joue à trois endroits :

  • Le délai. Un message reçu le samedi soir et traité le lundi matin arrive après la décision de l’acheteur, pas avant. C’est ce que montre la mesure des quinze premières minutes.
  • La répétition. Écrire quarante fois par semaine une variante de la même phrase, c’est du temps que personne ne facture.
  • L’irrégularité. Le lundi, vous répondez vite et court parce que la pile est haute. Le jeudi, vous prenez le temps. L’acheteur, lui, ne voit qu’une chose : la réponse qu’il a reçue.

Ce troisième point est le plus coûteux dans une équipe. Deux vendeurs du même point de vente ne répondent pas la même chose au même message, et personne ne s’en aperçoit, parce que ces conversations ne sont jamais relues.

Rapide, ça ne suffit pas

Une Opel Corsa à 13 990 €. À 18 h 14 : « Bonjour, votre annonce m’intéresse ! Est-elle toujours disponible ? » À 18 h 17 : « Bonjour, oui elle est dispo. »

Trois minutes. Difficile de faire plus rapide. Et pourtant, rien ne se passe. L’acheteur a son information, il n’a aucune raison d’écrire un mot de plus, et vous n’avez ni son numéro, ni un créneau, ni la moindre idée de son projet.

La réactivité vous fait entrer dans la conversation avant la concurrence. La qualité de la réponse vous fait obtenir le rendez-vous. Les deux sont nécessaires, et aucune ne rattrape l’autre.

100 vendeurs, 10 000 messages : les quatre demandes qui reviennent

Dans ces conversations, la même chose revient tout le temps. Les demandes se rangent dans quatre familles :

  1. La disponibilité : « Est-elle toujours disponible ? ». Elle revient dans 65,8 % des conversations.
  2. L’argent : la reprise, le financement, la négociation. 23,1 %.
  3. La visite : l’essai, les horaires, le rendez-vous. 21,6 %.
  4. Les preuves : le carnet, les factures, le contrôle technique. 12,3 %.

Le total dépasse 100 % : un même acheteur pose souvent plusieurs questions dans la même conversation.

Quatre familles. Des milliers de messages. Et à chaque fois, une réponse rédigée de zéro.

C’est de ce constat qu’est née la méthode : si les demandes sont prévisibles, les réponses peuvent l’être aussi. Non pas pour répondre de façon automatique, mais pour ne plus avoir à réfléchir à la formulation, et garder son énergie pour ce qui compte : décrocher le rendez-vous.

La disponibilité : confirmer sans fermer la porte

C’est la demande la plus fréquente, et celle qu’on traite le plus mal, précisément parce qu’elle paraît facile.

Ce que dit vraiment ce message, ce n’est pas « est-elle disponible ». C’est « est-ce que ça vaut le coup que je m’y intéresse ». L’acheteur attend un signal, pas une réponse de guichet.

Un « oui » confirme, puis ferme la conversation. Une bonne réponse confirme, ajoute une raison de s’intéresser au véhicule, et laisse à l’acheteur quelque chose à quoi répondre.

Un créneau précis vaut mieux qu’une invitation ouverte. « Passez quand vous voulez » demande à l’acheteur de fournir l’effort de décider ; « demain 14 h ou jeudi 17 h, qu’est-ce qui vous arrange ? » lui demande seulement de choisir.

L’argent : le prix arrive toujours trop tôt

« C’est le dernier prix ? », souvent le premier message, avant toute visite, avant toute question technique.

Deux réactions habituelles, qui coûtent aussi cher toutes les deux. Céder tout de suite, et négocier ensuite depuis une position affaiblie. Ou se braquer, « prix non négociable », et perdre un acheteur qui, lui, testait simplement le terrain.

Le prix seul appelle la négociation. Le prix avec ce qu’il y a dedans appelle un rendez-vous : la préparation, les points contrôlés, la garantie. La valeur ne se défend pas par écrit, elle se défend devant le véhicule, le carnet sous les yeux. Répondre à une demande de remise consiste donc à reconnaître la question, à poser le cadre, et à proposer un échange de vive voix.

La reprise et le financement suivent la même logique. Une estimation de reprise donnée par écrit, sans avoir vu la voiture, vous engage sur un chiffre que vous devrez corriger ensuite : demandez l’immatriculation, le kilométrage et des photos, et présentez l’estimation au téléphone. Une mensualité, elle, se prépare pour le véhicule précis, et se présente lors d’un échange.

La visite : l’acheteur le plus avancé

« Je peux passer l’essayer samedi matin ? » Celui qui demande un essai ou vos horaires a déjà fait son choix sur l’annonce. C’est l’acheteur à ne surtout pas laisser attendre.

Un essai se prépare : le permis, une pièce d’identité, un véhicule prêt. Il s’organise mieux de vive voix. Proposez deux créneaux précis, et bloquez celui qu’il choisit pendant l’échange.

Les preuves : répondre complètement, puis inviter à vérifier

Le kilométrage, le carnet, les factures, le contrôle technique. Ces messages sont légitimes, souvent précis, et c’est là que le temps part le plus vite : chaque réponse est un petit dossier.

Deux pièges. Le premier : répondre partiellement, ce qui déclenche une deuxième question, puis une troisième, et une conversation qui s’étire sur trois jours sans jamais aboutir à un rendez-vous. Le second : répondre trop, dans un pavé que personne ne lit et qui remplace la visite au lieu de la préparer.

La bonne mesure consiste à répondre complètement à ce qui est demandé, puis à proposer d’aller plus loin. Envoyer les photos du carnet avant le déplacement de l’acheteur coûte une minute, et c’est souvent ce qui le fait venir.

Les quatre erreurs qui coûtent des ventes

  1. La réponse d’une ligne. « Oui elle est dispo », et rien d’autre. Elle ne vous distingue d’aucune des autres réponses qu’il reçoit.
  2. Répondre le lendemain matin. Le message du samedi traité le lundi. Le soir et le week-end, c’est là que ça se joue : le lendemain, d’autres vendeurs sont passés avant vous.
  3. Donner le prix, et rien d’autre. Le montant seul, parfois suivi de « c’est ferme ». Il appelle la négociation, pas le rendez-vous.
  4. Le message d’attente automatique. « Nous avons bien reçu votre demande. » Il consomme votre seul avantage, être le premier, sans rien faire avancer. Répondez sur le fond.

La méthode : une réponse en quatre étapes

Les quatre familles se traitent avec la même trame. C’est ce qui rend la méthode tenable sur une page.

  1. Reconnaître. L’acheteur sait qu’un humain a lu son message, pas un robot. Une ligne suffit.
  2. Répondre. Sa question trouve sa réponse dès la première ligne. Sans détour, sans condition.
  3. Ajouter. Une information qu’il n’a pas demandée et qui éclaire sa décision. C’est elle qui vous distingue.
  4. Ouvrir. Une suite concrète : deux créneaux, ou une question à laquelle il répond en trois mots.

Cette trame n’invente rien : c’est ce que font naturellement les vendeurs qui transforment le mieux. La méthode ne fait que la rendre explicite, pour qu’elle ne dépende plus de la fatigue du vendredi soir.

En situation : la même question, bien traitée

Un Ford Transit Connect à 11 880 €. À 22 h 41, la même question que tout à l’heure : « Est-elle toujours disponible ? » La réponse part à 22 h 52, en quatre temps.

  1. Reconnaître : « Merci pour l’intérêt que vous portez à notre Ford Transit Connect. »
  2. Répondre : « Il est toujours disponible. »
  3. Ajouter : « Vous pouvez le découvrir sur rendez-vous ou en visio. »
  4. Ouvrir : « Qu’aimeriez-vous savoir en priorité sur ce véhicule ? »

Onze minutes, quatre phrases, et l’acheteur a désormais une question à laquelle répondre.

Standardiser sans robotiser

C’est l’objection qu’on entend systématiquement : « si tout le monde répond pareil, ça se voit, et ça sonne faux ».

Elle serait juste si l’on standardisait les mots. Ce qu’il faut standardiser, ce sont les décisions : sous quel délai on répond, ce qu’on ne traite jamais par écrit, comment on termine un message. Le vocabulaire, lui, reste celui du vendeur.

Concrètement, dans une équipe ou un réseau :

  • Fixez un délai commun, y compris le week-end, et une règle claire pour l’absence : un message pris en charge par un autre vaut mieux qu’un message parfait envoyé lundi.
  • Partagez les 10 réponses types, et demandez à chaque vendeur de les réécrire dans ses mots. Une réponse qu’on n’a pas réécrite, on ne l’utilise pas.
  • Relisez les conversations une fois par mois. C’est le seul moyen de voir ce que les acheteurs reçoivent réellement.

Un vendeur formé à cette méthode ne répond pas plus vite parce qu’il tape plus vite. Il répond plus vite parce qu’il n’a plus à décider quoi écrire.

Trois gestes, dès demain matin

Aucun logiciel, aucun abonnement, aucun budget.

  1. Trois rendez-vous avec votre messagerie. Un le matin en arrivant, un avant midi, un avant de partir. Et un passage le dimanche en début de soirée, cinq minutes. C’est ce qui ramène un délai d’une journée entière à quelques heures, sans rien changer d’autre.
  2. Les réponses types à portée de main. Dans les notes de votre téléphone et dans un document sur votre ordinateur. Vous ne réfléchissez plus à quoi écrire : vous collez, vous remplacez les mots entre crochets, vous envoyez.
  3. Une relance, une seule, avec du neuf. Tout message sans réponse depuis 48 heures : un élément nouveau sur le véhicule, et une porte de sortie. C’est le geste le plus rentable de la liste, et celui que personne ne fait.

Recevoir la méthode

La méthode tient sur une page, imprimable, à garder près du poste. Les 10 réponses types, elles, sont prêtes à copier-coller : il ne reste qu’à remplacer les mots entre crochets.

FAQ

Ce que vous vous posez sûrement

Sur 10 000 conversations analysées avec plus de 100 vendeurs auto : la disponibilité (« Est-elle toujours disponible ? », dans 65,8 % des conversations), l'argent (reprise, financement, négociation, 23,1 %), la visite (essai, horaires, rendez-vous, 21,6 %) et les preuves (carnet, factures, contrôle technique, 12,3 %). Une même conversation en contient souvent plusieurs.

Le pic commence vers 11 h et ne retombe qu'après 23 h, samedi et dimanche compris. Le seul vrai creux, c'est la nuit. Les messages arrivent donc surtout quand le vendeur est en rendez-vous, en essai ou chez lui.

Non. La réactivité fait entrer dans la conversation avant les concurrents, la qualité de la réponse obtient le rendez-vous. « Oui, elle est dispo », envoyé en trois minutes, est rapide et ne mène à rien. Les deux sont nécessaires, et aucune ne rattrape l'autre.

Reconnaître le message, pour montrer qu'un humain l'a lu. Répondre à la question posée dès la première ligne. Ajouter une information utile qu'il n'a pas demandée. Ouvrir sur une suite concrète : deux créneaux, ou une question à laquelle il répond en trois mots.

Non. La méthode a été conçue pour fonctionner avec ce que le vendeur a déjà : son téléphone et l'application leboncoin. Un outil devient utile plus tard, quand il s'agit de répondre le soir et le week-end sans astreinte.

Pas si elles sont réécrites avec les mots du vendeur. On ne standardise pas le ton, on standardise les décisions : le délai de réponse, ce qu'on ne traite jamais par écrit, la façon de conclure un message.

Les quatre familles de demandes se retrouvent partout, avec des formulations différentes. La méthode a été construite à partir de messages leboncoin, mais rien n'y est propre à leboncoin.

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